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Jours de famine et de détresse de Neel Doff

Amsterdam, fin du siècle dernier. Keetje a neuf ans. Dans sa famille, la misère s’est implantée à demeure : elle va s’aggravant à chaque nouvel enfant, et l’usure et le découragement de ses parents rendent de plus en plus fréquents les jours de famine et de détresse…
C’est avec violence et simplicité que Neel Doff, des années plus tard, raconte ses années noires d’enfance et d’adolescence.

Avec précision, « tatouée » par la misère, elle prend la plume pour évoquer le froid extrême, les expulsions, les puces, les vaines recherches d’un travail quel qu’il soit et, pour finir, la prostitution.

Infos pratiques : Format broché / Editions : Espace Nord / 208 pages / Sorti le 02/02/2017 / Prix : 8,50 €

Je tiens tout d’abord à remercier Babelio ainsi que les éditions Espace Nord pour ce partenariat dans le cadre de la Masse Critique de Janvier 2017. Cette lecture m’a réellement retournée…

Mon avis : Neef Doff, ce nom m’était encore inconnu il y a peu et pourtant, aujourd’hui il est gravé dans mon esprit. Neel Doff, l’auteure et la narratrice de « Jours de famine et de détresse » a fui la Hollande avec sa famille durant le 19ème siècle pour se rendre en Belgique, en quête d’une vie meilleure. 

Ce livre nous dépeint alors le quotidien de cette jeune néerlandaise qui connaîtra tour à tour la pauvreté, la mendicité, la maltraitance, l’exploitation, la prostitution…Construit sous la forme d’une autobiographie romancée, ce roman se découpe en plusieurs petits chapitres successifs, tels des fragments de vie qui sont offerts à nos yeux incrédules…Tant de souffrance, d’horreur … la faim, le froid, la misère qui semble s’insinuer partout et ne plus vouloir vous quitter. Le lecteur suffoque par moment, d’où l’intérêt des courts chapitres qui lui permettent, en passant d’un thème à un autre, de reprendre son souffle…

Ce roman ne tombe cependant jamais dans le misérabilisme, il est criant de douleur, déchirant et pudique à la fois, mais se veut réaliste et authentique.

Lorsque j’y réfléchis, il est assez difficile d’imaginer qu’une telle histoire ait pu exister. La misère, nous savons qu’elle existe, nous savons qu’elle court les rues, les chemins…qu’elle est partout, mais à notre époque d’opulence, comment la concevoir réellement telle qu’elle est ? Et cette famille, qui fuit la misère en Hollande pour finir par la retrouver en Belgique, le sort semble s’acharner sur elle… Des parents blessés, désabusés et abîmés par la vie et ses coups, qui conduisent pas à pas leurs enfant vers le pire de ce que la vie a à offrir… Quel sera le prix à payer pour sauver sa peau ? Peut-on en sortir indemne ?

Pas un morceau de pain à manger. Pas de vêtements. A peine de quoi s’abriter…Les descriptions sont saisissantes. Le lecteur y voit du Zola…il en ressent la force du récit…à la différence qu’ici, tout est vécu. Les conditions terribles dans lesquelles vivaient les ouvriers et leur famille à la fin du 19ème siècle nous sont ici racontées sans filtre. La fiction chez Zola a laissé place à des bribes d’existences chez Neel Doff et ce qui était déjà difficile à lire chez l’un devient effroyable chez l’autre.

La plume de l’auteure est fluide, sans fioriture…le français n’est certes pas sa langue maternelle, mais elle le maîtrise très bien.

En conclusion :  Neel Doff nous offre un roman autobiographique poignant et criant de vérité sans pour autant tomber dans les travers du larmoiement. Elle livre ici beaucoup d’elle et de son époque, de cette « mondialisation » qui a tant apporté et tant détruit pour y parvenir… Elle se dévoile sans fard comme la jeune fille qu’elle était et décrit avec tant de vraisemblance sa vie, que les idéaux du lecteur se brisent à chaque chapitre.

Vous ne pouvez rester insensible à cette histoire et à ces personnes…ils retourneront tout votre être.

Merci encore à Babelio et aux éditions Espace Nord pour ce poignant moment de lecture.

5 sur 5

Victoria