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L’Ensorcelée de Jules Barbey d’Aurevilly

Les lendemains de la Chouannerie. Dans une atmosphère de campagne barbare où interviennent des pâtres jeteurs de sorts et des vieilles femmes hantées par le souvenir de leurs débauches, Jeanne Le Hardouey, une aristocrate claudélienne mésalliée d’âme et de corps à un acquéreur de biens nationaux, est  » ensorcelée  » par un prêtre, l’abbé de La Croix-Jugan qui a tenté de se suicider par désespoir de la cause perdue et dont le visage monstrueux porte la trace des tortures que lui ont fait subir les Bleus.

 » J’ai tâché, disait Barbey, de faire du Shakespeare dans un fossé du Cotentin. « 

Infos pratiques : 320 pages / Editions Folio Classique / 6,60 €

Mon avis : Jules Barbey d’Aurevilly est un auteur aux diverses facettes : romancier, poète, critique littéraire, journaliste et polémiste du 19ème siècle. En contre-révolutionnaire qu’il est, il n’hésite pas à exposer clairement son opinion sur le sujet dans son roman, L’Ensorcelée. En plongeant le lecteur dans une intrigue à l’atmosphère tant mystique que politique, Barbey d’Aurevilly nous dépeint un portrait sociétal tout à fait incroyable de son époque. 

Le narrateur, dont on ne connaîtra pas le nom, (Barbey d’Aurevilly lui même ?), se promène dans sa Normandie natale. Après une halte dans une auberge, il fait la connaissance de Louis Tainnebouy qui propose de faire un bout de chemin en sa compagnie. Ce dernier connaît bien la lande et ses dangers. C’est durant ce petit périple qu’ils vont entendre résonner dans la nuit les cloches de Blanchelande…

Intrigué, le narrateur partira alors en quête de réponses à ses questions, et c’est auprès de son compagnon de voyage qu’il les trouvera. L’abbé Jéhoël, un ancien chouan dont le visage a été défiguré par les « Bleus » et Jeanne Le Hardouey, noble jeune femme mariée à un homme indigne de son rang, sont les personnages principaux d’une histoire aussi sordide que funeste. D’autres personnages viendront apporter à cette histoire une part supplémentaire de mystique ou d’horrible (la Clotte par exemple) et malgré cette ambiance générale plus que négative, le lecteur est fasciné par cette histoire hors du commun…

Mêlant sorcellerie, mysticisme, amour, fascination, ce roman est surprenant…on ne peut s’en défaire malgré un début un peu longuet à se mettre en place.

Jules Barbey d’Aurevilly plante en effet le décor dès le début du roman. Plusieurs pages, qui ont tout d’abord tendance à lasser le lecteur, s’avéreront en réalité très utiles pour la suite du roman. Que ce soit des descriptions de paysages ou un discours très engagé, cela permet au lecteur de saisir l’atmosphère générale de cette histoire et de s’en imprégner. Il parvient ainsi aisément à comprendre les enjeux de cette intrigue.

Jehoël le chouan révolté et défiguré, Jeanne, l’aristocrate mésalliée, Le Hardouey, son époux, un « Bleu » qui se sent bafoué et la Clotte, considérée comme une sorcière et fantôme d’une époque dévastée, tous, représentent selon Barbey d’Aurevilly toutes les facettes de la France de son temps.

La plume de l’auteur, quant à elle est somptueuse. Simple mais délicate, j’ai été surprise de découvrir des écrits si faciles à s’approprier.

En conclusion :  C’est un très bon roman, très addictif et captivant. Outre les propos profondément royalistes (il n’y a apparemment que l’aristocratie qui soit capable et digne de gouverner…) et les longueurs du début, j’ai beaucoup apprécié cette lecture que j’ai trouvée ensorcelante.

La seule chose qui m’a énormément contrariée sont les notes présentes en fin de roman qui sont censées nous aider à comprendre l’histoire et à l’approfondir…Faites attention, elles vous révèlent un peu trop souvent le devenir de certains personnages (…) ce qui est assez fâcheux.

Néanmoins, j’ai adoré découvrir cette histoire enivrante et ses personnages hors du commun. Je vous la recommande vivement car j’en suis certaine, elle aura le pouvoir de vous ensorceler à votre tour.

5 sur 5

Victoria