3 étoiles Mes Chroniques

Un temps de saison de Marie NDiaye

Après l’été les Parisiens désertaient les lieux de leurs vacances ensoleillées, ignorant tout du sort que l’automne faisait à la région qu’ils quittaient jusqu’à l’été suivant

Un automne brutal, puis un long hiver de vent et de pluie, mortel aux corps fragiles. Cette saison-là, inconnue et implacable, il fut imposé à Herman de la découvrir.

Infos pratiques : 150 pages / Les Editions de Minuit / 7,50 €

Mon avis : Troublant, perturbant, incroyable et agaçant…voilà ce qui résumerait selon moi cette lecture. 

Dès le début du roman le décor est planté et l’intrigue semble claire : Herman, un Parisien est venu passer des vacances en Province comme il le fait tous les ans. D’ordinaire, lui et sa femme rentrent à Paris fin Août. Cette fois-ci, ils décident de rester quelques jours de plus afin de prolonger leurs vacances…La femme de Herman, Rose, décide alors de partir acheter des œufs à la ferme voisine avec leur fils…mais ils ne reviennent pas.

Herman va alors tout tenter pour les retrouver : se rendre au village, signaler leur disparition à la gendarmerie, questionner les habitants qui gardent le silence, se lier d’amitié avec les commerçants, demander audience avec monsieur le Maire…mais étrangement, personne ne semble prendre son histoire très au sérieux et ne s’en émeut. Tour à tour on le renvoie chez lui, on lui donne des conseils saugrenus, on plaisante avec lui… Cette situation inquiète Herman, qui, malgré la raison, ne semble pas vouloir chercher de l’aide ailleurs et se contente de mettre en pratique les quelques conseils reçus au sein du village.

Commence alors une étrange succession d’événements qui ont tout du mystique. Un étrange secret semble en effet lier les habitants…à Herman désormais d’en découvrir la nature.

Le monde créé par Marie N’Diaye est surprenant car stéréotypé au maximum. Les parisiens, la province, les coutumes, tout y passe. Le lecteur sourira souvent à l’évocation de préjugés exagérés : au 1er Septembre, une fois les vacanciers rentrés, le soleil disparaît pour laisser l’automne froid, lugubre et pluvieux recouvrir les paysages estivaux tant appréciés. Herman lui-même, ne semble connaître personne au village alors qu’il y vient depuis des années, ce qui tend à prouver qu’au delà du cadre estival des vacances, il ne s’est jamais intéressé à la vie du village, il n’a jamais souhaité créer de lien avec ses habitants, les prenant de haut, ne faisant pas cas de leur existence. Les vacanciers sont donc dépréciés et peints de manière peu élogieuse.

Mais au delà de cela, une véritable enquête va être menée par Herman. Ce petit village de province somme toute assez agréable et accueillant en été, va rapidement se métamorphoser en un endroit mystique et inquiétant. Herman n’aura alors pas le choix, il devra s’adapter à cette nouvelle vie, précaire et si éloignée de sa vie Parisienne en apprenant à vivre comme un véritable villageois. Initié par les habitants, il devra faire ses preuves et accepter de devenir à part entière l’un des leurs s’il souhaite retrouver sa famille, au risque de se perdre lui-même en route.

Marie N’Diaye nous livre ici une histoire aussi enivrante qu’irrationnelle. Sa plume envoûte et perturbe. Elle est précise, maîtrisée et claire.

Dès le début du roman, le lecteur ne comprend pas où veut en venir l’auteure. « Un temps de saison » est un titre énigmatique qui n’apporte pas beaucoup de renseignements sur l’intrigue…ce n’est qu’au fil de la lecture que l’évidence nous saute aux yeux. Ce roman se lit d’une traite, il inquiète, fascine, surprend et déroute sans arrêt son lecteur. Chaque certitude s’évapore pas à pas. Nous avons l’impression de courir après quelque chose d’impalpable, de vaporeux, qui s’échapperait sans cesse et se refuserait à nos yeux.

En définitive, les situations sont incongrues, les personnages souvent choquants, l’intrigue est irrationnelle. Voilà ce qui marque principalement le lecteur qui a l’impression de voyager en plein rêve tant le manque de rationalité est étourdissant par moment. Les décors sont insipides, les habitants inamicaux, les activités inexistantes. Ce village perdu ressemble à une prison de laquelle personne ne semble vraiment vouloir s’évader…comme enlisés, anesthésiés, les habitants vivotent et s’en contentent comme si la peur de l’étranger, de l’inconnu était insurmontable, paralysante.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture qui m’a tenue en haleine…néanmoins, quelle déception lorsque je suis arrivée à son point final. Je m’attendais à des explications ou tout du moins à une fin qui clôturerait l’histoire. Pourtant, ce n’est pas le cas. Un goût d’inachevé, d’irrationnel ponctue cette fin qui n’en est pas une…Le lecteur, une fois encore, est comme en plein rêve.

En conclusion : Un roman très intéressant qui m’a captivée durant presque toute ma lecture mais la fin a été très décevante. Je ne supporte pas les fins qui n’en sont pas. « Avant d’aller dormir », le roman de S. J. Watson en avait déjà fait les frais… Bref, à lire, mais attendez-vous à quelques frustrations arrivé à la dernière page du roman…

3 sur 5Victoria 

Comments (3)

  • Quel dommage que la fin ne semble pas à la hauteur. J’accorde beaucoup d’importance au point final d’une histoire, c’est ce qui me permet de dire « c’est un bon livre ». Je trouve que le roman tel qu’il est décrit dans votre chronique ressemble à un film français lambda… Beaucoup de mystère, de flottement et trop peu d’explications.

  • Une auteure que j’ai très envie de découvrir! Pareil, je déteste les fins ouvertes! 🙂

    • Alors n’hésite pas, ce livre est tordu 😉 mais super intéressant…seul hic, la fin risque sérieusement de te dépiter…Je vais bientôt tenter un nouveau roman de cette auteure, histoire de voir si c’est une habitude ;p. Merci pour ton commentaire. Bonne journée à toi 🙂

Les commentaires sont fermés.